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Jean-Louis LECHÊNE

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Première au Couloir de Gaube

Il y a 122 ans, Henri Brulle envisage l’ascension du couloir de Gaube et réalise cette grande première avec son guide préféré Célestin Passet et deux autres compagnons, Roger De Monts, Jean Bazillac et le porteur François Bernat Salles. L’exploit est remarquable.

Lors de cette première, un lancer de corde avait eu lieu, et Schrader avait écrit à l'époque que cela avait contribué à la réussite.
  Dans ses notes éditées  sous le titre « Ascensions Alpes Pyrénées et autres lieux », Henri Brulle conteste le fait que ce soit ce lancé de corde qui leur ait permis de réussir. Il écrit ceci :
« Le mur de glace final était fort raide, mais l'eau de fusion du glacier supérieur l'avait rongé profondément, y sculptant des marches et poignées ; on y montait comme à une échelle. Nos hommes, inquiets, les heures s'écoulant, étaient descendus au bord de l'entonnoir neigeux qui constitue le débouché du couloir. Tout joyeux, quand ils m'aperçurent, ils me lancèrent instinctivement leur corde que je pris d'une main comme on prend la rampe d'un escalier (...) »
La difficulté, c'est d'identifier où se trouvaient les protagonistes au moment de ce lancer de corde : en haut du mur pour Brulle et de l'entonnoir pour ses amis, ou ses amis étaient-ils en bas de l'entonnoir, auquel cas le lancé aurait eu lieu dans le mur ? Si Brulle s'est effectivement contenté de prendre la corde dans la main pour s'en servir de main courante, c'est qu'il avait fini de franchir les difficultés.

J'ai fait le couloir à de nombreuses reprises. La première fois en 1968, je préparais ma liste de courses pour le stage d’aspirant guide et je décidais de faire le couloir avec un ami. Il avait déjà été refait mais avec des variantes à la sortie. Nous, nous comptions bien sortir directement dans le mur de glace comme les anciens l’avaient fait. En fait, comme Henri Brulle, je suis parti un peu à la «légère» car je ne savais absolument pas dans quelle galère je m’engageais... L’aventure aurait pu très mal se terminer pour nous, si je n’avais bénéficié du lancer de corde du guide Jean-Louis Pérès qui était venu jeter un oeil sur notre progression, et qui m'avait permis de m'assurer pour sortir du mur.

Cependant, Henri Brulle pouvait avoir franchi l’ensemble du mur, mais quelques mètres pouvaient encore poser question pour la sécurité de la cordée. Il faut rappeler en effet qu’à l’époque ils avaient des piolets très longs avec des lames qui ne comportaient même pas de crans à l’extrémité, pas de pitons à glace, les cordes en chanvre n’étaient pas très résistante et les crampons plutôt faits pour marcher sur le plat qu’à la verticale. Par ailleurs, ils aient mis « la barre un peu haut » car seuls Célestin Passet et Henri Brulle avaient le niveau pour cette course. Ils évoluaient dans cette sortie à corde tendue, aussi la moindre chute de l’un ou l’autre aurait pu entraîner tout le monde en bas.
C’est la raison pour laquelle on peut supposer qu'il a accepté cette corde, non pas pour se hisser avec, mais pour assurer la cordée en cas de chute d'un des membres.